/ ENTRETIEN

« Israël, par la qualité de sa recherche, est un partenaire important pour le CNRS ». Interview de Patrick Nédellec, Directeur Europe de la recherche et coopération internationale du CNRS

Patrick Nédellec est Directeur Europe de la recherche et coopération internationale du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il identifie Israël comme un partenaire cible pour le CNRS, qui souhaite renforcer les coopérations scientifiques avec ce pays. Interview.

photo P Nedellec

  • Quel intérêt le CNRS porte-t-il à Israël ?

Israël est un pays très dynamique qui investit fortement dans la recherche scientifique avec plusieurs institutions d’excellence reconnues au niveau européen et mondial. C’est aussi un pays qui est particulièrement riche dans les domaines de l’archéologie et de l’histoire et qui a développé une recherche très active dans les différents champs des sciences sociales.

Israël est aussi associé aux programmes cadres de l’Union Européenne pour la recherche et l’innovation et, à ce titre, ses principales universités sont des partenaires réguliers du CNRS dans le cadre des projets européens.

Enfin le modèle de la recherche israélienne avec un lien étroit entre les universités publiques, la recherche et l’innovation développée dans les entreprises est un modèle intéressant pour le CNRS.

En résumé, Israël, par la qualité de sa recherche, est un partenaire important pour le CNRS, mais nous pouvons et devons faire plus pour renforcer la recherche collaborative d’excellence entre la France et Israël.

 

  • Quelle est la stratégie du CNRS vis-à-vis d’Israël ?

Nous souhaitons accompagner nos chercheurs et les inciter à travailler davantage encore avec des collègues israéliens. De nombreuses collaborations existent de gré à gré, et nos chercheurs se connaissent bien : nous avons publié plus de 2 000 articles scientifiques avec des collègues israéliens depuis 2015. Il faut encourager ces coopérations en donnant les moyens à nos chercheurs de développer des projets de recherche ambitieux, mais aussi faire naître de nouvelles coopérations car il y a un fort potentiel. C’est pourquoi nous avons lancé cette année un appel à projet conjoint avec l’Institut Weizmann qui nous a permis de sélectionner 8 projets collaboratifs de recherche ambitieux : le CNRS et l’Institut Weizmann attribuent à leurs chercheurs lauréats deux bourses doctorales par projet et un financement de la mobilité entre nos deux pays, pour 3 ans. Cela permet aussi de créer les conditions de liens durables entre nos institutions quand ces doctorants continueront leur carrière de chercheurs.

Nous nouons aussi des relations institutionnelles avec les autres grandes universités de recherche israéliennes. Nous organisons par exemple conjointement avec l’Université de Tel Aviv un séminaire sur les études de genre cet automne, qui permettra à des chercheuses et chercheurs français et israéliens de mieux se connaître et peut-être d’initier des coopérations plus pérennes dans ce domaine.

 

  • Quelles sont les actions en cours du CNRS en Israël ?

Il existe de très nombreuses initiatives avec des niveaux de structuration différents. Le CNRS est par exemple partenaire d’institutions israéliennes dans 48 projets de recherche européens au total, ce qui donne l’ampleur de notre coopération institutionnalisée dans le cadre des programmes européens. Cinq de ces projets, qui impliquent souvent un grand nombre de partenaires européens dont Israël, sont directement coordonnés par le CNRS. Ces coopérations impliquent avant tout les grandes universités de recherche israéliennes qui sont nos partenaires naturels, mais aussi quelques entreprises israéliennes ou d’autres types d’institutions publiques comme l’autorité des antiquités israéliennes.

Si l’on se limite aux initiatives impulsées et directement soutenues par le CNRS, on peut mentionner quatre principaux projets structurés de coopération avec Israël dans différents domaines scientifiques. Notre investissement le plus fort concerne le Centre de recherche français de Jérusalem (CRFJ), qui est une unité de recherche conjointe avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, qui accueille une dizaine de chercheurs et doctorants français et couvre tous les domaines des sciences humaines et sociales, de l’archéologie à la sociologie. Nous soutenons aussi trois projets structurés dans le domaine de l’informatique fondamentale, des neurosciences et des nanosciences, en partenariat avec l’Institut Weizmann, l’Université de Tel Aviv et l’Université hébraïque de Jérusalem.

Mais nos chercheurs travaillent aussi dans bien d’autres domaines, puisqu’ils sont en moyenne plus de 400 à se rendre en Israël chaque année pour effectuer leurs recherches, dans toutes les disciplines. Cette vitalité des échanges est peut-être le meilleur signe de l’intérêt de nos communautés de recherche à travailler ensemble, et ce sont autant de nouvelles actions possibles dans les années à venir.