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1er Août 2017. Le satellite franco-israélien Vénµs a été lancé au centre spatial de Kourou. Sa mission ? Mesurer lévolution de sites extrêmement différents sur une échelle de temps de deux ans et demi.

C’est une première mondiale : le satellite Vénµs, un satellite environnemental scientifique unique en son genre, a été lancé dans la nuit du 1er au 2 août pour graviter autour de la terre à quelques 720 km d’altitude pendant deux ans et demi. Durant cette période, le satellite captera des images de différents sites écologiques sélectionnés par un groupe de scientifiques dans lequel collaborent l’Agence spatiale israélienne (ISA), l’entreprise Israel Aerospace Industries (IAI) et le Centre national d’études spatiales français (CNES). Les sites étudiés sont extrêmement divers : prairies, déserts ou forêts aux quatre coins de la planète. Ainsi, tous les deux jours, les scientifiques auront accès à des informations extrêmement épurées de tout bruit sur chacun des 110 sites.

Culture irriguées Phoenix Vénus

Cultures irriguées observées par Vénμs le 17 août 2017 à proximité de Phoenix (Arizona, Etats Unis) © Centre National d’Etudes Spatiales

Le satellite Vénµs, assemblé en Israël, est un condensé de technologie qui permet de capturer des images avec une résolution spatiale de cinq mètres. La caméra est également « hyper spectrale », ce qui permettra pour chaque cliché d’obtenir des informations quant à la structure ou la composition chimique des terrains photographiés. Au-delà de l’équipe franco-israélienne, les données seront mises à disposition de la communauté scientifique grâce à l’Institut Max-Planck (Allemagne) – montrant une fois de plus l’importance de la collaboration scientifique internationale.

Cette étude extrêmement large permettra sans nul doute de comprendre l’évolution de la végétation sous l’influence humaine. Mais pas uniquement. Ce satellite permettra également de cartographier les feux de forêt ou encore le déplacement des glaciers. Il s’intéressera également à un pergélisol situé en Sibérie, qui comme tout pergélisol est gelé en permanence pendant au moins deux années consécutives. C’est donc un témoin idéal du réchauffement climatique. En plus de la fonte des glaces, ce satellite sera également utilisé pour étudier les cultures, leurs besoins en eau et leurs émissions de déchets ce qui, dans un contexte d’augmentation latent de la population, peut s’avérer être une information primordiale.

Région de Jérusalem Vénus

Région de Jérusalem observée par Vénμs le 17 août 2017 © Centre National d’Etudes Spatiales

Alors que les enjeux climatiques sont de plus en plus présents dans nos choix politiques et dans la conscience globale, ces données de l’ISA et du CNES permettront sans nul doute d’apporter des chiffres clefs pour convaincre les climato-septiques et pour optimiser nos habitudes quotidiennes. Les données seront aussi utilisées pour améliorer les prévisions et comprendre les liens entre le cycle du carbone et le climat.

En plus de la mission scientifique, une technologie de propulsion électrique israélienne, développée par Rafael, sera qualifiée au cours de la mission. Ce système de propulsion est censé, à terme, remplacer la propulsion chimique jusqu’alors utilisée.

Le lancement de Venµs a fait l’objet d’une large couverture médiatique. Jean-Yves Le Gall, Président du CNES, présent lors du lancement par ArianeSpace à Kourou en Guyane, a déclaré : « alors que la COP21 et la COP22 ont mis en exergue le rôle fondamental des satellites pour l’étude de la préservation du climat, je me réjouis de voir que les meilleurs ingénieurs du spatial au niveau mondial, ont développé ensemble Vénµs, qui aidera la communauté internationale à lutter contre le changement climatique ». Des retransmissions en direct suivies de conférences de presse ont été organisées au CNES en France, et à IAI en Israël en présence d’Hélène Le Gal, Ambassadrice de France en Israël, qui a souligné la qualité de la coopération scientifique et technologique franco-israélienne.

Le satellite environnemental Vénµs ne restera pas le seul de son espèce isolé dans l’espace pendant longtemps. « Microcarb » devrait notamment décoller en 2020 pour une étude sur l’émission de CO2 à l’échelle planétaire.

Rédaction : Samuel Cousin, Anne Haziza et Alexandre Superville